J'ai 33 ans, et depuis mes 20 ans l'engagement, d'abord associatif, puis politique au sein des Verts, et enfin syndical, est pour moi une nécessité et une évidence, si on veut espérer changer un tant soit peu le monde qui nous entoure. Ne pas s'engager, c'est laisser les autres décider. Depuis plus de 10 ans, à Paris, à Grenoble et maintenant à Bordeaux, j'essaie de lutter contre ce qui me révolte, le racisme, la banalisation des idées d'extrême droite, l'utilisation des étrangers comme boucs émissaires de tous les maux de nos sociétés, la remise en cause systématique des acquis sociaux, l'argent comme valeur suprême.
Mais si la lutte « contre » est importante, l'élaboration d'un autre projet de société au sein d'un parti est devenue pour moi primordiale. Le parti des Verts est à mon avis tout à la fois utopiste et réaliste, et ces deux aspects me séduisent. Utopiste car les Verts réfléchissent à transformer réellement la société, et disent sans catastrophisme, qu'on peut vivre d'une autre manière, et probablement mieux, en changeant nos modes de consommation et de production, et en consommant moins d'énergie. Une autre société est possible, moins productiviste, avec une autre répartition des richesses et du travail, au niveau mondial comme au niveau local. Mais aussi réaliste, car notre but est d'agir partout là on le peut, notamment en ayant des élus, même peu, à tous les niveaux, car mieux vaut faire avancer un petit peu les choses que pas du tout.
J'ai été très flattée lorsqu'on m'a proposé d'être quatrième sur la liste; c’était je crois une reconnaissance de cet engagement sur le terrain, notamment aux côtés des sans papiers. Mais je pense qu'un regard neuf sur Bordeaux, peut aussi être utile au Conseil Municipal. Arrivée il y a trois ans à Bordeaux, familière de la ville depuis une dizaine d'années, je suis encore frappée par le fait qu'elle est pensée et aménagée comme une ville-musée, et pas en fonction de ses habitants. Le tramway passe sur les quais, et l'ancienne ligne 7-8 surchargée se fait toujours en bus. Le fait qu'il soit sans fil, occasionne encore des pannes ou des retards. Le caractère minéral de la ville (dogme décrété par qui ? pour qui ?), fait que les espaces verts et les squares avec jeux pour enfants brillent par leur absence. A la place, on récupère une colonne place de la Victoire, et un lion bleu hideux place Stalingrad, pour un prix tout sauf modique.
L'ancienne navette fluviale, qui a été un échec, avait des horaires en fonction des touristes, pas des gens qui travaillent. Le tri sélectif n'est toujours pas instauré, et les poubelles débordent. Les quais sont réaménagés, avec des grandes surfaces qu'on autorise à ouvrir le dimanche. La politique sociale consiste à édicter des arrêtés anti-mendicité pour ne pas voir la pauvreté. La politique du logement se résume à réhabiliter le centre historique populaire, rejetant les habitants moins favorisés à la périphérie. Un énorme aménagement comme le pont Bacalan Bastide est décidé dans une opacité remarquable, et va amener une litanie de camions, sous les fenêtres des habitants de la rive droite.
On me dit souvent : "Juppé, il est tellement mieux que Chaban!". Mais je n'étais pas là sous Chaban, et tout ce que je constate, c'est que Juppé était un maire de droite, autant à l'écoute des habitants qu'il était à l'écoute des Français comme premier ministre. On peut faire tellement mieux !
Marie-Line Chabanol
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